Le cimentier Holcim a annoncé le 4 novembre une prise de participation dans 44.01, une jeune entreprise qui transforme le CO2 en roche. Le montant n’a pas été dévoilé, mais le signal est clair : pour l’un des secteurs industriels les plus émetteurs, la question n’est plus seulement de capter le carbone dans les fumées des fours, mais de savoir où le stocker durablement, et le plus près possible des usines.
Plan de l'article
Ce que Holcim a annoncé #
Selon la dépêche reprise par BFM Bourse, le groupe suisse investit dans 44.01, spécialiste de la minéralisation du carbone. L’opération passe par Holcim MAQER Ventures, la structure de capital-risque et d’innovation ouverte du cimentier, qui compte désormais 22 investissements à son actif.
Ram Muthu, responsable de l’excellence opérationnelle de Holcim, justifie ce choix par la logique de proximité : « La technologie innovante de 44.01 permet de stocker le carbone à proximité des sites de production. » Le groupe rattache cet investissement à sa stratégie de croissance à l’horizon 2030, baptisée NextGen Growth 2030.
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La minéralisation : transformer le CO2 en pierre #
Le principe de 44.01 diffère du stockage géologique classique, qui consiste à injecter le CO2 dans d’anciens gisements de gaz ou des aquifères salins profonds, où il reste sous forme de gaz comprimé. Ici, le CO2 capté est injecté dans des formations rocheuses ultramafiques, des roches naturellement réactives. Au contact de la roche, le gaz se minéralise et forme des carbonates solides, stables.
L’intérêt pour un industriel est double. D’une part, le carbone n’est plus stocké sous forme de gaz susceptible de migrer : il est fixé dans la roche. D’autre part, si la géologie locale s’y prête, le stockage peut se faire à quelques kilomètres de l’usine, ce qui évite de longs réseaux de canalisations ou un transport par bateau.
Un pilote en conditions réelles à Fujaïrah #
L’investissement s’appuie sur un projet déjà en fonctionnement. Depuis la mi-juillet 2026, Holcim UAE et 44.01 exploitent un pilote à la cimenterie de Holcim à Fujaïrah, aux Émirats arabes unis. Selon Global Cement, l’installation capte 4 à 4,5 tonnes de CO2 par jour, directement dans les fumées du four de la cimenterie.
Le gaz capté est ensuite acheminé vers le site de stockage voisin de 44.01 et injecté dans les formations rocheuses de la région, où il réagit pour former des minéraux carbonatés. Les partenaires présentent le projet comme le premier pilote continu de captage et de minéralisation souterraine du secteur cimentier aux Émirats.
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Pendant six mois, ils collectent des données de performance en conditions industrielles. Objectif : évaluer s’il est réaliste de construire des infrastructures de minéralisation à plus grande échelle, aux Émirats et sur d’autres marchés.
Pourquoi les cimentiers cherchent des solutions de stockage #
Le ciment pose un problème particulier aux industriels. Une partie importante de ses émissions ne vient pas de l’énergie consommée mais de la réaction chimique elle-même : la décarbonatation du calcaire, qui libère du CO2 quand on le chauffe pour fabriquer le clinker. Changer de combustible ou électrifier ne suffit donc pas à faire disparaître ces émissions de procédé. Le captage en sortie de cheminée reste l’une des rares voies pour les traiter.
Encore faut-il savoir quoi faire du CO2 capté. C’est le maillon que l’investissement de Holcim cherche à sécuriser : un captage sans débouché de stockage proche reste coûteux et dépend d’infrastructures de transport qui prennent des années à se construire.
Les limites à garder en tête #
Il faut toutefois relativiser l’échelle. Un pilote de quelques tonnes par jour reste très loin des volumes émis par une cimenterie en fonctionnement normal. Le passage à l’échelle industrielle est précisément ce que la phase de mesure doit permettre d’évaluer.
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La minéralisation dépend aussi d’une géologie favorable. Les roches ultramafiques n’affleurent pas partout, et la méthode ne peut donc pas être déployée sur n’importe quel site. C’est d’ailleurs la nuance que porte l’annonce : un stockage à proximité des sites de production, là où la géologie s’y prête.
Pour les industriels européens, ces retours d’expérience seront à suivre de près. Les résultats du pilote de Fujaïrah, attendus à l’issue de ses six mois de mesures, diront si la minéralisation peut devenir une option crédible à côté du stockage géologique classique.




