À Vitry-sur-Seine, la concertation sur Thermo-sur-Seine entre dans ses derniers jours. Ce projet de chaufferie alimentée par des combustibles issus de déchets doit chauffer une partie du réseau parisien. Le public a jusqu’au 1er novembre pour déposer un avis, et le front des opposants s’élargit. Après le Département du Val-de-Marne et l’intercommunalité Grand-Orly Seine Bièvre, ce sont les écologistes parisiens qui demandent une suspension. Or le projet a été voté sous une majorité parisienne dont ils font partie.
Plan de l'article
Ce que prévoit Thermo-sur-Seine #
Le projet porte sur une chaufferie installée aux Ardoines, sur les terrains de l’ancienne centrale EDF de Vitry. D’après La Clé publique, elle compterait trois lignes de combustion de 111 MW chacune. Elle brûlerait des déchets non recyclables transformés en combustibles solides de récupération (CSR), ainsi que du bois de récupération traité. La production atteindrait environ 1,6 TWh de chaleur par an, distribuée par un réseau qui dessert Paris et 16 autres communes.
Le même article chiffre l’investissement à 1,2 milliard d’euros : un milliard pour la chaufferie de Vitry et 200 millions pour une plateforme logistique à Ris-Orangis. Les premières mises en service sont envisagées à partir de 2031. Le contrat passé par la Ville de Paris avec Dalkia, lauréat de l’appel à projets, prévoit de brûler 450 000 tonnes de déchets par an, selon le Journal Spécial des Sociétés.
Pour ses promoteurs, l’objectif est climatique : remplacer par de la chaleur issue de combustibles de récupération une partie de la production du réseau, qui repose aujourd’hui sur le gaz. Ils estiment que la géothermie et les autres énergies renouvelables ne suffiraient pas, seules, à fournir les volumes de vapeur dont le réseau existant a besoin. Ils mettent aussi en avant les raccordements énergétiques du site de Vitry et son accès à la Seine. Une dizaine d’implantations auraient été étudiées avant ce choix.
Un territoire qui brûle déjà beaucoup de déchets #
Les opposants rappellent que le Val-de-Marne accueille déjà trois incinérateurs. Dans un communiqué cité par le JSS, le Département indique qu’avec 777 kg de déchets incinérés par habitant en 2023, il supporte un niveau d’incinération plus de deux fois supérieur à la moyenne des autres départements franciliens qui accueillent ce type d’installation. Les élus locaux soulignent aussi que 500 000 personnes vivent dans un rayon de 4 kilomètres autour du site.
Leur inquiétude porte surtout sur les émissions atmosphériques. Un site de combustion de CSR doit traiter ses fumées et en surveiller les rejets, ce qui sera examiné lors des procédures d’autorisation. Selon le JSS, le maire de Vitry, Pierre Bell-Lloch, se range parmi les opposants faute de « garanties satisfaisantes sur la pollution ». Le Département a de son côté lancé une pétition, signée par près de 11 000 personnes à la mi-septembre.
Les écologistes parisiens changent de pied
D’après le récapitulatif hebdomadaire de La Clé publique, l’assemblée des écologistes parisiens s’est prononcée le 20 octobre contre la future chaufferie des Ardoines. Elle demande la suspension du projet. Cette position n’engage pas le Conseil de Paris, mais elle pèse dans le débat, car la capitale pilote la concession du réseau de chaleur auquel la chaufferie doit être raccordée.
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Grand-Orly Seine Bièvre prépare une contre-expertise #
Le 15 octobre, le conseil territorial de Grand-Orly Seine Bièvre, qui représente 24 communes, a adopté un vœu demandant l’abandon du projet. Le texte a été voté à l’unanimité des membres présents. L’ordre du jour allait plus loin : le vœu refusait aussi toute solution de remplacement reposant sur la combustion de déchets.
L’intercommunalité lance deux études. La première portera sur les incidences sanitaires et environnementales de la chaufferie. La seconde servira à préparer une stratégie énergétique territoriale, qui examinera ensemble les besoins de chaleur, le traitement des déchets et les moyens de réduire le recours aux énergies fossiles. Ces travaux sont distincts du comité d’experts annoncé par la mairie de Vitry. Ils ne remplacent pas non plus les évaluations environnementales que le maître d’ouvrage doit fournir pour obtenir ses autorisations. Leur calendrier et leur budget n’ont pas encore été précisés.
Ces collectivités n’ont pourtant pas la main sur la décision. La Ville de Paris est l’autorité concédante du réseau, et le projet est porté par une société d’économie mixte à opération unique (SEMOP). Ni Vitry ni l’intercommunalité ne peuvent décider seules l’abandon de la chaufferie.
Le calendrier : ce qui se joue d’ici 2027 #
La concertation préalable se déroule sous l’égide de la Commission nationale du débat public. Dans une décision de juillet 2026, la CNDP en a validé les modalités, jusqu’au 1er novembre. Les contributions se déposent sur la plateforme officielle, présentée par la Ville de Paris.
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Après la clôture, les garants doivent publier leur bilan au plus tard le 1er décembre. Le maître d’ouvrage aura ensuite deux mois pour annoncer les suites qu’il donne au projet. S’il le poursuit, une enquête publique est envisagée en 2027.
Entre-temps, Vitry organise une votation le 6 décembre. Elle sera ouverte dès 16 ans, sans condition de nationalité. Les habitants y indiqueront la position qu’ils veulent voir défendue par leur commune. Le vote ne décidera pas des autorisations du projet, mais il donnera une mesure claire de l’opinion locale.
Ce qu’il faudra surveiller #
Pour les industriels comme pour les riverains, la question de fond dépasse Vitry. Il s’agit de savoir à quelles conditions une chaufferie au CSR peut remplacer une production au gaz en zone dense, et avec quel niveau de transparence sur ses rejets. Les réponses du maître d’ouvrage au bilan des garants seront le prochain repère. Il faudra voir s’il propose des engagements chiffrés sur le traitement des fumées et la surveillance de l’air, ou s’il revoit le projet lui-même. Les conclusions des études de Grand-Orly Seine Bièvre pourraient ensuite peser sur les procédures d’autorisation, avant tout premier coup de pioche aux Ardoines.




