Sans nouvelles politiques climatiques, la planète se dirige vers un réchauffement de 2,8 °C d’ici 2100 : c’est le constat de l’Emissions Gap Report publié le 21 octobre par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), à trois semaines de l’ouverture de la COP31 — un signal direct pour les sites industriels émetteurs.
- Politiques actuelles : cap vers +2,8 °C en 2100, et la hausse continuerait au-delà.
- Pour rester sous 1,7 à 1,8 °C : émissions mondiales en baisse de 18 % dès 2030 par rapport à 2025.
- Seules les énergies renouvelables sont jugées sur la bonne trajectoire pour 2030.
- La COP31 s’ouvre le 9 novembre à Antalya, sous co-présidence turco-australienne.
Plan de l'article
- Un écart qui se creuse entre promesses et trajectoire réelle
- Les scénarios du rapport, du pire au plus ambitieux
- Ce que cela exige des émetteurs d’ici 2040
- Le renouvelable avance, les fossiles ne reculent pas
- En France, l’industrie a sa feuille de route
- La COP31 d’Antalya, prochain rendez-vous
- Questions fréquentes
Un écart qui se creuse entre promesses et trajectoire réelle #
Chaque automne, le PNUE mesure l’écart entre les engagements des États et ce qu’exigerait la limitation du réchauffement. L’édition 2026, détaillée par Actu-Environnement, est moins favorable que celle de l’an dernier.
En cause : le retrait des États-Unis de l’accord de Paris et la révision des estimations d’émissions historiques. Les nouvelles contributions nationales (NDC) déposées par les États n’ont par ailleurs presque pas infléchi la trajectoire mondiale.
Les scénarios du rapport, du pire au plus ambitieux #
Avec les politiques actuelles et sans mesure nouvelle, le réchauffement atteint 2,8 °C en 2100 et continue ensuite de grimper. Si toutes les NDC sont intégralement appliquées et prolongées, il est contenu à 2,6 °C.
En y ajoutant le respect des objectifs de neutralité carbone annoncés, la hausse serait limitée à 2,1 °C au plus. Des réductions rapides permettraient enfin de tenir 1,7 à 1,8 °C, avec environ une chance sur deux de revenir sous 1,5 °C d’ici 2100 après dépassement.
Ce que cela exige des émetteurs d’ici 2040 #
Pour suivre la trajectoire la plus ambitieuse, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent reculer, par rapport à 2025, de 18 % dès 2030, de 45 % en 2035 et de 69 % en 2040. Au rythme d’émissions actuel, le pic de réchauffement attendu s’alourdit d’environ 0,1 °C tous les cinq ans.
Pour les sites industriels — fours, chaudières, procédés et traitement des effluents gazeux —, ces échéances se traduisent en plans d’électrification, de captage et d’efficacité énergétique à engager dès maintenant, la durée de vie des équipements se comptant en décennies.
Le renouvelable avance, les fossiles ne reculent pas #
Le rapport pointe un paradoxe : la capacité électrique renouvelable a progressé trois fois plus vite que prévu, et c’est le seul domaine d’action climatique jugé sur la bonne voie pour 2030. Mais cet essor ne s’est pas accompagné d’un recul équivalent de la dépendance aux énergies fossiles.
« Dépasser ne signifie pas capituler », a insisté le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres à la publication du rapport, tandis que Sophie Boehm, l’une des auteures, souligne que « les énergies renouvelables changent déjà la donne ».
En France, l’industrie a sa feuille de route #
Côté français, la stratégie nationale bas-carbone assigne à l’industrie un objectif de réduction de 70 % de ses émissions d’ici 2030 par rapport à 1990. Selon le ministère de la Transition écologique, le secteur a émis 62 Mt CO2e en 2024, soit 17 % des émissions brutes nationales, comme le rappelle ecologie.gouv.fr.
Pour les exploitants, l’enjeu dépasse la conformité réglementaire : la performance des installations de combustion, le traitement des fumées et la sobriété des procédés deviennent des arguments industriels à part entière face à des donneurs d’ordre qui décarbonent leurs chaînes d’approvisionnement.
La COP31 d’Antalya, prochain rendez-vous #
La conférence s’ouvre le 9 novembre à Antalya, en Turquie, sous co-présidence de la Turquie et de l’Australie. Les ONG y placent la question des énergies fossiles au centre des débats : le réseau CAN International réclame des feuilles de route nationales de sortie, les pays riches ouvrant la voie sur les réductions et le financement des pays en développement.
Pour l’industrie européenne, les arbitrages qui en sortiront pèseront sur les prochaines révisions des politiques d’émissions, et donc sur les investissements d’épuration et de décarbonation des années à venir.
Questions fréquentes #
Qu’est-ce que l’Emissions Gap Report ?
C’est le rapport annuel du PNUE qui compare les émissions mondiales projetées aux niveaux compatibles avec les objectifs de l’accord de Paris. L’édition 2026 a été publiée le 21 octobre, avant la COP31.
Pourquoi les projections 2026 sont-elles pires que celles de 2025 ?
Principalement à cause du retrait des États-Unis de l’accord de Paris et de la révision des estimations d’émissions historiques, alors que les nouvelles contributions nationales n’ont presque rien changé à la trajectoire.
À lire Odeurs d’hydrocarbures autour de la raffinerie de La Mède après les orages : ce que l’on sait
Que doit faire l’industrie française d’ici 2030 ?
La stratégie nationale bas-carbone vise -70 % d’émissions industrielles par rapport à 1990. Avec 62 Mt CO2e émises en 2024, le secteur doit accélérer l’électrification des procédés, l’efficacité énergétique et le traitement de ses rejets.




