Baromètre Citepa : des émissions françaises en baisse, mais une industrie à deux vitesses

La France devrait émettre 349,4 millions de tonnes de CO2 équivalent en 2026, soit 2,8 % de moins qu’en 2025, selon le baromètre du Citepa relayé le 13 octobre. Bonne nouvelle en apparence — sauf que l’industrie, elle, fait moins bien que la moyenne nationale : la manufacture ralentit sa baisse, et l’industrie de l’énergie repart carrément à la hausse.

Une baisse nationale portée par les bâtiments et les transports #

Le baromètre, détaillé par Connaissance des Énergies, dresse d’abord le tableau du premier semestre : 179,7 Mt CO2e émises entre janvier et juin, contre 187,4 Mt un an plus tôt, soit un recul de 4,1 %. Sur l’ensemble de l’année, le Citepa projette -2,8 %, après -2,1 % en 2025. Le rythme accélère donc légèrement.

Mais cette baisse ne vient pas des cheminées d’usine. Ce sont les bâtiments (-5,9 % attendus sur l’année) et les transports (-4,8 %, pour 117 Mt, soit un tiers du total national) qui tirent la moyenne. L’économiste Christian de Perthuis, cité dans l’article, tempère d’ailleurs l’enthousiasme : « L’essentiel de la baisse du premier semestre résulte des conditions météorologiques particulièrement clémentes », et côté routes, « l’impact du prix des carburants a fortement joué ».

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Industrie manufacturière : une baisse qui s’essouffle #

Pour l’industrie manufacturière et la construction, le baromètre prévoit 57,3 Mt CO2e en 2026, soit 16,4 % des émissions françaises. La baisse atteint 2,4 % au premier semestre (de 30,1 à 29,4 Mt), mais ne serait plus que de 1,8 % sur l’année complète.

Autrement dit, les gros gisements faciles — fermetures de capacités, substitutions de combustibles déjà engagées — ont livré l’essentiel de leur effet. Ce qui reste à décarboner demande des investissements lourds : électrification des fours, captage, récupération de chaleur fatale. Des chantiers qui se décident en années, pas en trimestres.

L’industrie de l’énergie repart à la hausse #

Le signal le plus surprenant du baromètre vient des producteurs d’énergie : leurs émissions devraient augmenter de 3,6 % en 2026, à 32,5 Mt CO2e (9,3 % du total), alors qu’elles reculaient encore de 1,2 % au premier semestre.

L’explication tient au second semestre : un recours accru aux centrales à gaz pour produire de l’électricité, notamment destinée à l’export. Pour les exploitants de grandes installations de combustion, cela signifie plus d’heures de fonctionnement — et donc plus de volumes de fumées à traiter, de contrôles de valeurs limites et de déclarations d’émissions à assumer sur la période.

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Les chiffres secteur par secteur #

Secteur Évolution 2026 Volume 2026 (Mt CO2e)
Transports -4,8 % 117,0
Agriculture et sylviculture -1,3 % 75,6
Industrie manufacturière et construction -1,8 % 57,3
Bâtiments (résidentiel-tertiaire) -5,9 % 51,7
Industrie de l’énergie +3,6 % 32,5
Traitement des déchets 0,0 % 15,3

Ce que cela change dans les installations #

Pour les responsables environnement des sites industriels, ce baromètre confirme une réalité de terrain : la performance climatique d’un site ne se joue plus seulement sur le CO2 comptabilisé, mais sur la capacité à documenter chaque flux. Quand la production repart — comme dans l’énergie au second semestre —, la surveillance en continu des rejets atmosphériques redevient le premier poste de vigilance, car les dépassements se produisent précisément dans les phases de montée en charge.

La stagnation relative du manufacturier rappelle aussi que traitement des fumées et décarbonation convergent : un four électrifié supprime à la fois du CO2 et des oxydes d’azote, une récupération de chaleur réduit le combustible brûlé donc le volume de fumées à épurer. Les deux dossiers, longtemps gérés séparément, se budgètent désormais ensemble.

Une trajectoire encore au-dessus de la ligne #

Reste la question des objectifs. La stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) fixe une moyenne de 342 Mt CO2e par an sur 2024-2028, avec une tranche indicative de 348 Mt pour 2026. Les 349,4 Mt projetées restent donc « légèrement au-dessus » de la trajectoire, selon le Citepa.

Surtout, la suite se corse : les baisses indicatives attendues sont de 5,7 % en 2027 et 6,1 % en 2028 — plus du double du rythme actuel. Le Citepa juge le rythme de réduction « nettement en deçà » de ce qu’exigent les objectifs 2030. Pour l’industrie, le message est limpide : la facilité est derrière, les investissements structurels sont devant.

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Questions fréquentes #

Pourquoi les émissions de l’industrie de l’énergie augmentent-elles en 2026 ?

Le Citepa anticipe un recours accru aux centrales à gaz au second semestre pour produire de l’électricité, en partie destinée à l’export. Ces heures de fonctionnement supplémentaires ajoutent environ 1,1 Mt CO2e sur l’année.

La France respecte-t-elle sa trajectoire climat ?

Pas tout à fait : avec 349,4 Mt projetées contre une tranche indicative de 348 Mt pour 2026, le pays reste légèrement au-dessus de la ligne SNBC 3, et très en deçà du rythme de baisse requis pour 2027-2028.

Quelle part l’industrie pèse-t-elle dans les émissions françaises ?

En cumulant la manufacture et la construction (16,4 %) et l’industrie de l’énergie (9,3 %), l’industrie représente environ un quart des émissions nationales projetées pour 2026.

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