Capter le CO2 à la sortie des fours de cimenterie, puis l’envoyer par canalisation jusqu’à l’estuaire de la Loire : c’est le principe de GOCO2, le projet de captage et de transport de carbone porté par trois industriels du ciment et de la chaux dans le Grand Ouest. Le 2 novembre, Infos Média Nantes a fait le point sur le volet le plus concret du dossier pour les territoires traversés : les 375 kilomètres de canalisations souterraines prévues jusqu’à Montoir-de-Bretagne, et les questions qu’elles posent aux agriculteurs.
Plan de l'article
Trois sites parmi les gros émetteurs de l’Ouest #
Le projet vise trois usines : la cimenterie Lafarge de Saint-Pierre-la-Cour et les fours à chaux Lhoist de Neau, tous deux en Mayenne, ainsi que la cimenterie Heidelberg Materials d’Airvault, dans les Deux-Sèvres. Selon la fiche de la Commission nationale du débat public, l’objectif principal est de « réduire des émissions inévitables de CO2 de 3 sites industriels producteurs de ciment et de chaux figurant parmi les principaux émetteurs français ».
Le mot « inévitables » compte. Dans un four à clinker ou à chaux, une large part du CO2 ne vient pas du combustible mais de la réaction chimique elle-même : la décarbonatation du calcaire. Changer de combustible réduit une partie des rejets, pas celle-là. C’est ce qui pousse la filière vers le captage.
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Les industriels se sont associés dès 2021 au transporteur de gaz NaTran (ex-GRTgaz) et à Elengy, opérateur de terminaux méthaniers, rappelle le média Vert. Le coût global est estimé à 2,5 milliards d’euros, pour une capacité de captage annoncée jusqu’à 2,2 millions de tonnes de CO2 par an.
Ce qui arrive aux fumées avant la canalisation #
Sur les sites de Lafarge et Heidelberg, la technologie retenue est Cryocap, développée par Air Liquide. Vert détaille la chaîne de traitement décrite dans la synthèse du projet : les fumées issues de la fabrication du ciment sont d’abord refroidies et dépoussiérées, puis compressées et séchées. Un pré-concentrateur sépare ensuite partiellement le CO2 des autres gaz avant de l’envoyer vers une unité cryogénique, où il est de nouveau comprimé puis refroidi à environ −50 °C.
Les gaz résiduels, présentés comme décarbonés, sont rejetés à l’atmosphère. Le CO2 liquéfié ou comprimé part, lui, dans ce que la filière appelle des « carboducs ».
Pour un exploitant de cimenterie, cette étape n’a rien d’anodin. Une unité de captage cryogénique se greffe sur une ligne de traitement des fumées existante, avec ses propres besoins en électricité, en froid et en surface au sol. Les performances réelles dépendront de la composition des fumées de chaque four, qui n’est pas la même d’un site à l’autre.
Un réseau en Y vers Montoir-de-Bretagne #
D’après la présentation de NaTran reprise par Infos Média Nantes, le réseau prendrait la forme d’un Y : les branches partant d’Airvault, de Saint-Pierre-la-Cour et de Neau convergeraient au nord de la Loire avant de rejoindre le terminal de Montoir-de-Bretagne, en Loire-Atlantique. Le CO2 doit ensuite être exporté par bateau pour être stocké sous la mer du Nord.
Les caractéristiques techniques avancées par le transporteur : des diamètres compris entre 200 et 800 millimètres selon les tronçons, et une profondeur d’enfouissement minimale d’un mètre. La réalisation des canalisations est évaluée à environ 900 millions d’euros, pour une mise en service envisagée en 2031. Ces montants et ce calendrier restent prévisionnels.
Une canalisation enterrée, mais un chantier en surface
C’est le point sur lequel insiste l’article du 2 novembre. Même enterrée, une canalisation suppose un chantier visible : accès des engins, ouverture de tranchées, gestion des terres excavées, puis remise en état. Pour une exploitation agricole, les questions portent sur les dates de travaux, la circulation des machines, le drainage, la structure du sol, les cultures en place et les restrictions possibles autour de l’ouvrage une fois posé.
Le tracé définitif n’est pas arrêté. NaTran décrit une démarche par étapes : des zones générales d’étude, puis un couloir de moindre impact, puis un tracé précis. Aucune parcelle ne peut donc être considérée comme concernée à partir de la seule carte générale.
Où en est la procédure #
Une concertation préalable s’est tenue du 29 septembre au 19 décembre 2025 sous l’égide de la Commission nationale du débat public. La CNDP a depuis publié le bilan des garants et la réponse des porteurs de projet, et a désigné Marc Navez comme garant de la concertation continue. Selon Vert, la décision d’investissement est attendue en 2028.
Le financement repose en partie sur le marché européen du carbone : toujours selon Vert, un tiers du coût global serait couvert par ce biais. La CNDP mentionne d’ailleurs, parmi les objectifs du projet, la pérennisation des sites raccordés face à « la transformation du marché carbone européen ».
Les réserves des associations #
Le projet ne fait pas l’unanimité. Xavier Metay, directeur de France Nature Environnement Pays de la Loire, cité par Vert, demande que « des indicateurs de suivi » soient mis en place pour vérifier que les industriels tiennent leurs engagements de réduction à la source. L’argument revient souvent dans les débats sur le captage : il doit compléter l’efficacité énergétique, les ciments bas carbone et les combustibles alternatifs, pas s’y substituer.
Lafarge et Heidelberg indiquent justement travailler sur ces leviers en parallèle, notamment l’augmentation des combustibles alternatifs dans les fours. Leur part dans la filière cimentière est passée de 38 % en 2015 à 52 % en 2023, selon les projections de France Ciment citées par Vert.
Ce qu’il faut suivre #
Pour les riverains comme pour les industriels du secteur, les prochaines étapes à surveiller sont le choix du couloir de moindre impact, les études d’impact liées aux autorisations, et la décision d’investissement de 2028. GOCO2 est l’un des premiers projets français à relier plusieurs émetteurs à une même infrastructure de transport de CO2. Sa trajectoire servira de test pour d’autres bassins industriels qui envisagent la même approche.




