Fumées de soudage : un cancérogène avéré, quelles obligations pour l’employeur

Les fumées de soudage sont classées cancérogènes pour l’homme, groupe 1 du CIRC, depuis l’évaluation de 2017 ; l’employeur doit donc les capter à la source et respecter les concentrations maximales de poussières.

En bref
  • Le CIRC associe les fumées de soudage à un risque avéré de cancer du poumon.
  • L’évaluation doit couvrir les soudeurs, les salariés voisins et les interventions ponctuelles.
  • Le captage local prime sur la ventilation générale et le masque.
  • Depuis le 1er juillet 2023, l’article R4222-10 fixe les seuils à 4 mg/m3 pour les poussières totales et 0,9 mg/m3 pour les poussières alvéolaires.

Pourquoi les fumées de soudage sont-elles considérées comme cancérogènes ? #

Le Centre international de recherche sur le cancer a reclassé les fumées de soudage du groupe 2B au groupe 1 lors de son évaluation de 2017, publiée dans la monographie 118, rappelle l’INRS. Les preuves sont suffisantes pour le cancer du poumon et limitées pour le rein. Des travaux ultérieurs cités par l’Anses concluent aussi à des preuves suffisantes pour le larynx.

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Ce classement décrit le danger propre aux fumées. Il ne signifie pas que chaque personne exposée développera nécessairement un cancer. Le niveau de risque dépend notamment des métaux, des produits d’apport, des revêtements, du procédé, des réglages et du temps passé dans le panache.

En France, l’Anses a recommandé en avril 2022 d’inscrire les travaux exposant aux fumées de soudage et aux fumées métalliques de procédés connexes (brasage fort, gougeage, oxycoupage, projection thermique, rechargement) sur la liste des procédés cancérogènes de l’arrêté du 26 octobre 2020. Si cette recommandation était suivie, ces travaux relèveraient du régime renforcé applicable aux procédés cancérogènes.

Que contiennent les fumées de soudage ? #

Les émissions comportent une phase particulaire et une phase gazeuse. Selon le matériau et le consommable, on peut retrouver du chrome VI, du nickel, du manganèse, ainsi que de l’ozone et du dioxyde d’azote. Une pièce peinte, dégraissée, galvanisée ou couverte d’un revêtement ajoute d’autres polluants. Ces panaches posent les mêmes questions de santé et de conformité que les autres fumées industrielles.

Les risques liés aux fumées de soudage, par la Carsat Pays de la Loire.

La fumée visible ne raconte pas toute l’histoire. Certaines particules fines restent difficiles à repérer, alors qu’elles peuvent être inhalées. L’analyse doit donc porter sur le procédé réel : métal travaillé, fil ou électrode, préparation des pièces, cadence, position du soudeur et circulation de l’air.

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Première obligation : évaluer l’exposition professionnelle #

L’employeur recense les postes concernés, les opérations réalisées et les salariés exposés ou susceptibles de l’être. Le salarié qui travaille juste à côté d’un poste de soudage ne doit pas disparaître de l’analyse, pas plus que l’agent chargé du nettoyage ou de la maintenance.

L’évaluation examine aussi les espaces confinés, la coactivité, la durée des travaux et l’efficacité du captage. Ses résultats figurent dans le document unique d’évaluation des risques professionnels. Toute modification d’équipement, de produit, de procédé ou d’organisation appelle une nouvelle vérification.

Selon l’enquête Sumer 2017, 528 000 salariés, soit 2,1 % des salariés français, sont exposés aux fumées de soudage. Ce chiffre rappelle que le sujet concerne aussi les petites unités, les chantiers et les ateliers où le soudage reste occasionnel.

Réduire les émissions avant de parler de masque #

La hiérarchie de prévention commence par la recherche d’une technique d’assemblage moins émissive, lorsque le travail le permet. L’entreprise peut aussi agir sur les consommables, les paramètres de soudage et la préparation des pièces. Nettoyer une surface avant l’opération évite parfois la décomposition de produits résiduels.

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Le captage à la source vient ensuite. Une torche aspirante, une table aspirante, un bras articulé ou un dosseret doit saisir le panache près de son point d’émission, sans gêner le geste. Un bras placé trop loin aspire surtout l’air de l’atelier : visuellement rassurant, techniquement décevant.

La ventilation générale complète le dispositif. Elle ne remplace pas l’aspiration locale. L’air extrait doit être filtré puis rejeté à l’extérieur ; le recyclage est à proscrire lorsque l’air contient des polluants dangereux.

Les seuils de poussières à respecter #

L’article R4222-10 du Code du travail fixe les concentrations moyennes dans les locaux à pollution spécifique, évaluées sur huit heures. Ces valeurs concernent les poussières totales et alvéolaires de l’atmosphère inhalée par le travailleur. Ces seuils d’ambiance de travail ne doivent pas être confondus avec les valeurs limites d’émission applicables aux rejets de cheminée.

Période Poussières totales Poussières alvéolaires
Avant le 1er juillet 2023 7 mg/m3 3,5 mg/m3
Depuis le 1er juillet 2023 4 mg/m3 0,9 mg/m3

Ces concentrations ne constituent pas une frontière magique entre le danger et l’absence de danger. Elles ne dispensent pas l’employeur de réduire l’exposition au niveau le plus bas raisonnablement possible. Les polluants particuliers, comme le chrome VI ou le nickel, peuvent appeler une analyse spécifique et des mesures adaptées.

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En hiver, les portes restent souvent fermées et l’aération naturelle diminue. Le panache s’accumule alors plus facilement si le dispositif mécanique est mal réglé. La saison ne change rien à la prévention : captage et ventilation doivent fonctionner quand l’atelier fonctionne.

Quand la protection respiratoire devient nécessaire #

Un appareil respiratoire intervient lorsque la protection collective ne suffit pas, lorsqu’elle ne peut pas être installée ou lors d’une intervention ponctuelle, notamment sur chantier ou en espace confiné. Les filtres P3 peuvent être retenus selon les polluants et les conditions d’exposition, après évaluation.

Le choix ne se limite pas à acheter un masque. L’ajustement au visage, la compatibilité avec le masque de soudage, l’entretien, le stockage et le remplacement doivent être prévus. Les salariés apprennent aussi les limites de l’équipement et la conduite à tenir en cas de panne du captage.

Le masque de soudage protège principalement les yeux et le visage contre les rayonnements, les projections et les étincelles. Il ne remplace pas une protection respiratoire dédiée.

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Former, contrôler et garder les preuves #

Une formation utile se déroule dans l’atelier. Elle montre comment positionner le bras aspirant, vérifier le fonctionnement du dispositif, régler le poste et préparer les pièces. Elle rappelle aussi qu’il ne faut pas souffler les poussières vers les zones de travail et qu’une panne de ventilation impose une réaction immédiate.

Les contrôles des débits, des filtres et des équipements respiratoires sont planifiés. Les opérations de maintenance, les résultats de mesure, les actions correctives et les formations sont consignés. Ce dossier donne une réalité à la prévention et aide le service de prévention et de santé au travail à suivre les salariés concernés.

Le suivi médical s’organise avec ce service en fonction des expositions et des règles applicables. Il faut distinguer le classement scientifique du CIRC, les recommandations de l’Anses, les conseils de l’INRS et le régime réglementaire des agents chimiques dangereux ou CMR. Ces notions se recoupent parfois, mais elles ne sont pas interchangeables.

Questions fréquentes #

Toutes les fumées de soudage sont-elles cancérogènes ?
Le classement du CIRC concerne les fumées de soudage comme ensemble, tandis que la composition et l’exposition varient selon les opérations. Aucun procédé ne doit être déclaré sans risque sans analyse des conditions réelles de travail.
Une ventilation générale suffit-elle ?
Généralement non. L’INRS donne la priorité au captage à la source, la ventilation générale venant en complément. Une porte ouverte ou un ventilateur mobile ne maîtrise pas le panache et peut le pousser vers un autre salarié.
Le masque suffit-il à protéger le soudeur ?
Non. Le masque de soudage protège le visage et les yeux. Une protection respiratoire spécifique peut s’ajouter, mais elle ne doit pas compenser une installation d’aspiration absente ou défaillante.

À retenir #

Les fumées de soudage sont reconnues cancérogènes pour l’homme. L’employeur doit évaluer l’exposition, réduire les émissions, capter les polluants à la source, contrôler la ventilation et former les équipes. Le bon réflexe consiste à demander, poste par poste : où part le panache, qui le respire et quelle preuve montre que la mesure fonctionne ?

Cet article fournit un repère général. Il ne remplace ni une analyse personnalisée des risques ni un conseil juridique.

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