Captage et stockage de CO2 : l’ADEME tempère les ambitions de l’industrie française

Le captage et le stockage de CO2 ne feront pas de miracle pour les cheminées industrielles françaises : dans un avis d’expert mis en ligne fin août 2026, l’ADEME évalue entre 6 et 20 millions de tonnes la quantité de CO2 d’origine fossile réellement stockable à long terme, loin des volumes parfois espérés par les industriels.

En bref
L’ADEME a publié le 27 août 2026 un avis d’expert sur le captage, stockage et valorisation du CO2 (CCUS) en France.
Le scénario central retient 6 à 20 Mt de CO2 fossile stockées à long terme, issues des grands émetteurs industriels.
L’agence estime que le captage couvrirait moins de 30 % des émissions des grands sites industriels français.
Quatre projets lauréats de l’appel d’offres de 2024 doivent déjà éviter environ 3,36 Mt de CO2 par an.

Un avis qui remet les volumes à leur juste place #

Dans son avis d’expert consacré au CCUS en France, accompagné d’une note technique, l’ADEME modélise ce que la filière peut vraiment capter dans les fumées industrielles. Le premier scénario ne retient que le CO2 fossile des grands émetteurs, destiné au stockage géologique : il aboutit à une fourchette de 6 à 20 Mt stockées à long terme.

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Un second scénario élargit l’assiette au CO2 biogénique, celui qui sort des papeteries ou des unités de traitement des déchets. Mais l’agence prévient : il s’agit de ressources théoriques. Une fois les contraintes techniques et économiques prises en compte, le potentiel réellement mobilisable est sensiblement plus faible.

Moins de 30 % des émissions des grands sites #

Le chiffre le plus parlant de l’avis tient en une ligne : le captage ne couvrirait pas plus de 30 % des émissions des grands sites industriels français. Autrement dit, même équipées de capteurs sur leurs cheminées, les usines les plus émettrices devront d’abord réduire à la source, par l’électrification des procédés, la sobriété ou le changement de combustible.

Ce cadrage prolonge la position que l’agence défendait déjà en 2020, quand elle jugeait le stockage géologique pertinent sur quelques sites seulement, concentrés autour de trois zones : Dunkerque, Le Havre et Lacq. Ce sont précisément ces bassins industriels qui structurent aujourd’hui la filière.

Une filière qui se structure malgré tout #

L’avis n’enterre pas le captage, il l’encadre. Comme le détaille ADEME Infos, la dynamique industrielle est réelle : les quatre projets de captage retenus lors de l’appel d’offres « grands projets industriels de décarbonation » de 2024 doivent, à terme, éviter environ 3,36 Mt de CO2 par an à eux quatre.

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Dans le même mouvement, un appel à projets baptisé AGIBaC a été lancé dans le cadre de France 2030. Son objet est très concret : acquérir des données géologiques sur les zones de stockage potentielles et mener des tests d’injection, pour transformer des estimations sur le papier en capacités vérifiées sous terre.

Pourquoi l’industrie regarde de près ce dossier #

L’enjeu dépasse les seuls sites équipés. L’industrie française a émis 62 millions de tonnes de CO2 équivalent en 2024, soit 17 % des émissions brutes du pays, rappelle le ministère de l’Économie. La trajectoire nationale impose une baisse rapide d’ici 2030, et chaque mégatonne que le captage ne prendra pas en charge devra être évitée autrement.

Pour les exploitants de sites à fortes émissions de procédé, comme les cimenteries ou la chimie lourde, le message de l’ADEME est double. Le captage reste une brique légitime là où aucune alternative n’existe. Mais il ne doit pas servir de prétexte pour retarder les investissements d’efficacité énergétique et d’électrification, qui restent la voie principale.

Ce que cela change pour les prochains arbitrages #

Les industriels qui préparent un dossier de financement devront désormais composer avec ce référentiel. Les projets de captage seront jugés à l’aune de cette fourchette de 6 à 20 Mt, et la priorité ira aux sites sans solution de substitution, proches des infrastructures de transport et de stockage des trois grands bassins.

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Pour les équipementiers du traitement des fumées, l’avis dessine en creux un marché : la mesure, le conditionnement et la purification du CO2 capté, ainsi que les tests d’injection financés par AGIBaC, vont demander des compétences très proches de celles du dépoussiérage et de la filtration industrielle classique.

Questions fréquentes #

Que recommande l’ADEME dans son avis sur le CCUS ?

L’agence recommande de réserver le captage-stockage aux émissions industrielles sans alternative de réduction, en priorité sur les grands bassins émetteurs. Elle chiffre le potentiel de stockage à long terme entre 6 et 20 Mt de CO2 fossile et souligne que le potentiel réellement mobilisable sera plus faible que ces ressources théoriques.

Quels projets de captage sont déjà engagés en France ?

Quatre projets de captage-stockage ont été retenus lors de l’appel d’offres « grands projets industriels de décarbonation » de 2024. Ensemble, ils doivent éviter environ 3,36 Mt de CO2 par an une fois en service, principalement dans les zones industrielles de Dunkerque, du Havre et de Lacq.

Le captage peut-il suffire à décarboner l’industrie française ?

Non. L’ADEME estime que le captage couvrirait moins de 30 % des émissions des grands sites industriels. L’essentiel de la baisse devra venir de l’électrification des procédés, de l’efficacité énergétique et des changements de combustibles, le captage traitant le reliquat incompressible.

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