Baromètre Citepa : les émissions françaises reculent de 2,8 % en 2026, sauf dans l’énergie

Le baromètre publié par le Citepa le 13 octobre 2026 prévoit des émissions françaises en baisse de 2,8 % cette année, mais l’industrie de l’énergie fait exception avec une hausse de 3,6 %, portée par le recours accru aux centrales à gaz.

En bref
• Émissions nationales 2026 estimées à 349,4 Mt éq. CO₂, contre 359,4 Mt en 2025.
• Industrie de l’énergie : +3,6 %, à 32,5 Mt éq. CO₂, à cause des centrales à gaz.
• Industrie manufacturière : -2,4 %, malgré une métallurgie en hausse de 9 %.
• La France reste au-dessus du budget carbone de la SNBC 3 (342 Mt par an).

Ce que dit le baromètre du 13 octobre #

Le Citepa, l’organisme qui tient l’inventaire officiel des émissions françaises, a livré sa dernière estimation pour 2026 : 349,4 millions de tonnes équivalent CO₂, contre 359,4 Mt en 2025, soit un recul de 2,8 %. Les chiffres détaillés sont repris par L’EnerGeek, qui souligne un premier semestre dynamique (-4,1 %) suivi d’un second semestre attendu bien plus mou (-1,3 %).

Ce tassement en fin d’année n’est pas un détail : il signifie que l’essentiel de la baisse 2026 est déjà derrière nous, et que le rythme du quatrième trimestre (-1,5 % prévu) ne suffirait pas, seul, à tenir la trajectoire.

À lire Nettoyage à l’eau ozonée : l’INRS alerte sur les émissions d’ozone dans les locaux de travail

L’industrie de l’énergie, seul secteur en hausse #

Tous les grands secteurs reculent, sauf un. Les transports baissent de 4,8 % (117 Mt), le bâtiment de 5,9 % (51,7 Mt), l’agriculture de 1,3 %. L’industrie de l’énergie, elle, progresse de 3,6 %, à 32,5 Mt éq. CO₂.

L’explication tient en un mot : le gaz. Le parc a davantage sollicité les centrales à cycle combiné pour produire de l’électricité, et chaque mégawattheure gazier emporte son lot de CO₂, de NOx et de vapeur en sortie de cheminée. Pour les exploitants de grandes installations de combustion, déjà dans le viseur de l’inspection des installations classées sur l’application des conclusions du BREF LCP, cette hausse tombe au plus mauvais moment.

Manufacturier en baisse, métallurgie à contre-courant #

L’industrie manufacturière affiche un recul de 2,4 % sur l’année. Mais la moyenne masque une divergence notable : la métallurgie progresse de 9 %. Reprise d’activité sur les sites sidérurgiques, fours de fusion davantage sollicités : les procédés à haute température repartent, et avec eux les volumes de fumées à traiter.

Pour les équipementiers du traitement de l’air industriel, c’est un signal de marché autant qu’un signal environnemental. Un site métallurgique qui augmente sa cadence doit redimensionner sa filtration, revoir ses campagnes de mesure à l’émission et vérifier que ses valeurs limites restent tenues en pointe de production.

À lire Fumées de soudage : un cancérogène avéré, quelles obligations pour l’employeur

Un budget carbone toujours dépassé #

La troisième stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) fixe un budget d’environ 342 Mt éq. CO₂ par an sur la période 2024-2028. Avec 349,4 Mt prévues en 2026, la France reste au-dessus de la ligne, même si l’écart se resserre. Le Citepa juge le rythme actuel insuffisant pour les objectifs 2030, et pointe les transports et l’énergie comme les deux chantiers où l’effort doit se renforcer.

La nuance a son importance pour les industriels : ces chiffres 2026 sont des estimations et des prévisions, pas des données consolidées. L’inventaire définitif pourra bouger, dans un sens comme dans l’autre.

Et la qualité de l’air dans tout ça ? #

Le CO₂ ne dit rien des polluants réglementés à la cheminée. Le bilan 2025 de la qualité de l’air, évoqué dans un dossier de presse ministériel publié le 14 octobre et analysé par Environnement Santé Politique, fait état d’une légère remontée des concentrations de particules fines, de dioxyde d’azote et d’ozone.

Décarbonation et épuration des fumées ne progressent donc pas forcément de concert. Un site peut réduire son empreinte carbone tout en restant sous tension sur ses poussières ou ses NOx, en particulier quand les centrales à gaz tournent davantage, comme le confirme la couverture du baromètre par ICI (Radio France).

À lire Opacité des fumées : comment mesurer et interpréter efficacement

Questions fréquentes #

Le baromètre du Citepa vaut-il inventaire officiel ?

Non. Le baromètre est une estimation infra-annuelle publiée en cours d’exercice. L’inventaire national officiel, consolidé, est publié plus tard et peut réviser ces chiffres.

Pourquoi l’industrie de l’énergie augmente-t-elle quand tout baisse ?

Parce que la production électrique a davantage mobilisé les centrales à gaz en 2026. Plus de combustion fossile dans le mix, c’est mécaniquement plus d’émissions pour ce secteur, indépendamment des efforts des autres.

Que doivent surveiller les exploitants concernés ?

Les grandes installations de combustion figurent parmi les priorités de l’inspection des installations classées pour 2026, notamment sur l’application des conclusions du BREF LCP. Hausse d’activité ou de combustion fossile implique de vérifier mesures à l’émission et conformité aux valeurs limites.

Industrie Fumée est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Dans la même rubrique : Fumées