C’est une première pour le groupe français : Veolia a décroché fin octobre 2026 son premier contrat de captage de carbone à grande échelle. Le groupe fournira la technologie de purification et de déshydratation du CO2 de la future unité de captage du site de valorisation énergétique de Protos, près d’Ellesmere Port, dans le Cheshire britannique. Une étape significative pour le traitement des fumées industrielles, qui passe ici du pilote de démonstration au projet commercial complet.
Plan de l'article
Deux unités de purification au cœur de la chaîne de captage #
Le contrat, révélé le 27 octobre par la presse spécialisée britannique, a été attribué à Veolia par Kanadevia Inova AG, l’ensemblier suisse chargé de l’ingénierie, des achats et de la construction de l’installation. Selon letsrecycle.com, qui détaille l’accord, Veolia concevra et livrera deux unités modulaires de purification et de déshydratation du CO2, dimensionnées pour tenir dans l’espace contraint du bâtiment existant.
Leur rôle est déterminant dans la chaîne de traitement. Le captage proprement dit, confié à une technologie aux amines mise en œuvre par Kanadevia Inova, extrait le CO2 des fumées de l’incinérateur. Mais ce gaz brut, chargé d’humidité et d’impuretés, ne peut pas être injecté tel quel dans un réseau de transport. Les unités de Veolia le sècheront et le purifieront jusqu’à la qualité requise pour l’acheminement et le stockage définitif.
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370 000 tonnes de CO2 par an
L’unité de valorisation énergétique de Protos, exploitée par Encyclis, peut traiter jusqu’à 500 000 tonnes de déchets par an. L’installation de captage associée doit retenir environ 370 000 tonnes de CO2 annuelles — l’équivalent des émissions de dizaines de milliers de foyers. Le chantier a démarré fin 2025, après la validation du projet en octobre 2025 dans le cadre d’un accord de financement public-privé avec le ministère britannique de l’Énergie (DESNZ), au titre du programme de décarbonation des clusters industriels. La mise en service est attendue vers la mi-2029.
HyNet, l’infrastructure qui change l’équation #
Ce qui distingue Protos des démonstrateurs précédents, c’est l’aval. Le CO2 purifié sera acheminé par le réseau de canalisations HyNet North West, puis stocké de façon permanente dans des gisements de gaz épuisés sous la baie de Liverpool. Autrement dit, la chaîne complète — captage, purification, transport, stockage géologique — existe et est financée. C’est précisément l’absence de ce maillon aval qui a longtemps cantonné le captage sur incinérateur au stade de l’essai.
Veolia connaît bien le sujet pour l’avoir abordé par l’autre bout : le groupe testait depuis l’été 2026 à Sheffield un système de captage sans amines sur une unité de valorisation énergétique, capable de retenir jusqu’à une tonne de CO2 par jour en phase de démonstration. Avec Protos, le changement d’échelle est d’un facteur mille.
Pourquoi les incinérateurs sont en première ligne
Les unités de valorisation énergétique des déchets figurent parmi les émetteurs industriels les plus concernés par le captage. Leurs fumées présentent une concentration de CO2 relativement élevée, leurs sites sont pérennes — on ne délocalise pas le traitement des déchets — et une partie du carbone capté est d’origine biogénique, ouvrant la voie à des émissions négatives comptabilisables. Au Royaume-Uni, l’intégration des incinérateurs au marché du carbone à partir de 2028 crée en outre une incitation économique directe : chaque tonne captée est une tonne de quotas économisée.
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Pour Anne Le Guennec, directrice générale des technologies de l’eau de Veolia, citée dans l’annonce, ce projet « pionnier » place le groupe « à l’avant-garde de la décarbonation industrielle ». Au-delà de la communication, le contrat valide surtout un positionnement : Veolia ne cherche pas à concurrencer les spécialistes du solvant de captage, mais à occuper le créneau de la purification, où son savoir-faire en traitement de l’eau et des gaz se transpose directement.
Un signal pour les exploitants français #
Côté français, le dossier mérite d’être suivi de près par tous les exploitants d’unités de traitement thermique. Les projets de captage s’organisent autour des zones industrielles bas carbone de Dunkerque et de Fos-sur-Mer, et les retours d’expérience britanniques — coûts réels, intégration dans un bâtiment existant, exploitation des colonnes de purification — alimenteront directement les études en cours. La couverture de gasworld sur le contrat souligne d’ailleurs que Veolia présente Protos comme sa porte d’entrée sur un marché mondial du captage en pleine structuration.
Reste l’épreuve du réel : tenir le budget, livrer les unités dans les délais et démontrer, à partir de 2029, un taux de disponibilité compatible avec une exploitation commerciale. C’est à ce prix que le captage sur fumées industrielles sortira définitivement de la catégorie des promesses.



