Ugine : un exercice de sécurité civile teste la réponse à un accident sur le site Seveso d’Ugitech

Ce mardi 27 octobre, de 8 h 30 à midi, la préfecture de la Savoie organise un exercice de sécurité civile sur le site d’Ugitech, à Ugine. L’aciériste, spécialisé dans les produits longs en acier inoxydable, exploite une usine classée Seveso seuil haut. Les riverains n’ont rien à faire : les sirènes d’alerte ne seront pas déclenchées. Mais derrière cette matinée d’apparence discrète, c’est toute la chaîne de réponse à un accident industriel, et notamment à un rejet toxique dans l’air, qui est mise à l’épreuve.

Ce que l’exercice doit vérifier #

Selon Eco Savoie Mont Blanc, l’exercice réunit l’exploitant, le service départemental d’incendie et de secours (Sdis), la gendarmerie nationale et la commune d’Ugine. Il s’inscrit dans la programmation annuelle des exercices du département.

L’objectif est double. D’une part, tester l’articulation entre le plan d’opération interne de l’industriel et la réponse ORSEC départementale, c’est-à-dire le dispositif que la préfecture déclenche quand un événement dépasse les capacités d’un seul acteur. D’autre part, mesurer les délais d’alerte et d’intervention des services.

La commune, de son côté, mettra en œuvre son plan communal de sauvegarde, comme l’a précisé ODS Radio. Ce plan organise, à l’échelle de la mairie, l’information des habitants, l’accueil éventuel de personnes évacuées et la remontée d’informations vers la préfecture.

Pourquoi les sirènes restent muettes

Un exercice de ce type ne cherche pas forcément à tester la réaction de la population. Il porte ici sur la coordination entre les services et sur la circulation de l’information entre l’usine, les secours et les autorités. Déclencher les sirènes aurait un autre objet : vérifier que les habitants connaissent les bons réflexes. Ce volet, plus lourd à organiser, n’est pas au programme de cette matinée.

Un site où le risque principal est un nuage toxique #

Pourquoi un tel exercice sur une aciérie ? Parce que la fabrication de l’inox ne se limite pas à fondre du métal. Les opérations de finition font appel à des produits chimiques livrés en citerne, et le site reçoit aussi des gaz inflammables liquéfiés.

La fiche d’information Seveso publiée sur Géorisques détaille les phénomènes dangereux identifiés dans l’étude de dangers. On y trouve l’incendie de matériaux combustibles ou d’huiles, l’explosion possible lors du dépotage de gaz inflammables liquéfiés et, surtout, la dispersion toxique en cas de ruine totale d’un camion de livraison d’un produit toxique.

C’est ce dernier scénario qui dimensionne la zone à risques. Selon la plaquette d’information du site, également consultable sur Géorisques, le périmètre du plan particulier d’intervention (PPI) s’étend sur 600 mètres autour de l’installation. Le scénario majorant retenu est précisément la dispersion d’un nuage toxique après la ruine totale de la citerne de livraison.

Les effets redoutés

La fiche Seveso distingue deux familles d’effets. Les effets thermiques, liés au rayonnement de chaleur d’un incendie, peuvent provoquer des brûlures. Les effets toxiques, liés à la dispersion d’une substance dans l’air, peuvent entraîner irritations ou intoxications. C’est ce type de rejet atmosphérique accidentel, bien différent des émissions chroniques d’une cheminée, qui justifie l’existence d’un PPI et la répétition d’exercices.

Les moyens propres de l’industriel #

Avant l’arrivée des secours extérieurs, c’est l’exploitant qui intervient. D’après la fiche Géorisques, le site est gardienné en permanence et dispose d’une équipe postée habilitée à mettre les installations en sécurité. Il compte aussi une équipe de 24 pompiers volontaires internes, qui suivent 8 journées d’exercices par an, ainsi qu’une cellule de crise activable à toute heure.

Le plan d’opération interne, qui organise cette première réponse, est présenté comme « régulièrement testé lors de manœuvres conjuguées avec les pompiers extérieurs ». L’exercice de mardi en est une illustration : il s’agit de vérifier que le relais entre l’équipe interne et le dispositif préfectoral se fait sans perte de temps ni d’information.

Ce que les riverains doivent retenir #

Pour les habitants situés dans le périmètre PPI, l’exercice est l’occasion de se rappeler les consignes générales en cas d’alerte à un risque toxique, telles que les rappellent les préfectures, par exemple dans cette fiche de la préfecture de la Lozère : se mettre à l’abri dans un bâtiment, fermer portes et fenêtres, couper la ventilation, écouter la radio et ne pas aller chercher les enfants à l’école, où ils sont pris en charge.

Le retour d’expérience de l’exercice n’est en général pas rendu public dans le détail. Il alimente en revanche la mise à jour des plans, et peut être évoqué lors des réunions de la commission de suivi de site, qui associe l’industriel, l’État, les élus et les riverains. C’est là que se jouent, sur la durée, la transparence et la maîtrise du risque industriel autour d’Ugine.

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